...suite de l'article "L'objet magique"

Suffisait-il que je me dise « je devrais changer de voiture, la mienne ne me correspond plus, je devrais en avoir une plus performante », pour qu’un ami rencontré par hasard me demande si je connaissais quelqu’un qui serait intéressé par la voiture dont il venait d’hériter d’un lointain parent décédé, dont il ne savait que faire, mais qui avait toujours dormi au garage, avait très peu de kilomètres, et faisait partie d’une série limitée qui de surcroît était culte auprès des amateurs de belle mécanique. Une petite sportive quasi de collection. Et son prix, revu à la baisse, correspondait précisément au montant disponible sur mon compte en banque, à la suite d’une opération financière inattendue.

Quand à un autre moment j’entendais parler d’un voyage de découverte à l’autre bout du monde, vers un pays qui avait alimenté mes rêveries d’enfant comme étant le paradis sur terre, plein de couleurs et de richesses, alors quelque chose se passait et je me retrouvais quelques jours plus tard avec le billet dans ma poche, les rendez-vous pris, les bagages en cours de préparation, sans même m’en être vraiment rendu compte. Tout s’était fait en suivant les lignes de force, le champ de la réalisation des possibles.

Et il en était ainsi pour les choses les plus variées. Des plus anodines aux plus importantes. Un jour c’est une maison qu’il m’aida à créer. Une belle maison riante au soleil, environnée de nature, dans les fleurs et la verdure, une maison comme base d’une vie toujours créative et productive, heureuse et riche d’amour et d’amitié.

Je commençais à beaucoup m’amuser. J’avais presque envie de créer des problèmes pour mieux voir comment les solutions allaient se manifester.

Et mon objet, toujours un peu malicieux, s’amusait beaucoup lui aussi, je le sentais.

Alors je décidais de lui donner un nom. « L’objet », ce n’était plus correct, après tout ce que nous avions vécu et partagé ensemble.

Quand je le questionnai sur ce sujet, je ressentis pour la première fois une sorte de réticence à me répondre. Un flottement. Quelque chose qui me renvoyait à moi-même. Dans le genre « et toi, qu’en penses-tu ? ».

« Comment veux-tu que je m’appelle ? »

« Quel est le nom ? »

Un peu perplexe devant ce retournement de situation – au lieu de me souffler des réponses il me renvoyait les balles de questions – je me pris à réfléchir, en effet, quel est son nom, qui le donne, comment en décider ?

...à suivre

Un jour que je marchais distraitement dans les rues d’une ville inconnue, mon regard fut attiré par un objet dans une vitrine. Celle-ci était sombre et peu engageante, chargée de vieilles choses peu passionnantes, mais il diffusait comme un rayonnement autour de lui, quelque chose d’invitant et de malicieux en même temps ; si tant est qu’un objet puisse être invitant et malicieux.

Je m’approchai et le regardai de plus près, et il y eut une sorte de dialogue entre lui et moi :

- Qui es-tu, que fais-tu là ?

- Je t’attendais ; peut-être. J’étais là, et je laissais passer le goût des jours en contemplant les passants. Tous distraits comme toi, aucun ne m’avait remarqué encore. Tu es le premier qui s’arrête et répond à mon invite silencieuse et invisible. Tu me vois ? tu vois comme nous vibrons de concert, comme si nous nous connaissions de longtemps ?

- Et oui, il me semble bien te connaître, je ne sais dans quelle vie, dans quel lieu, dans quel passé…

- Peut-être est-ce dans un futur que tu me connais, un futur à créer si tu en envie. Pourquoi pas, je suis libre et je veux bien voyager un peu avec toi. Cette vitrine commence à m’ennuyer et je peux animer ton horizon.

Alors j’entrai dans la boutique et achetai l’objet. Bien emballé dans son papier, je le tenais contre moi et je sentais sa vibration qui m’accompagnait tandis que je reprenais ma route pour rentrer chez moi, au retour de cette escale toute improvisée.

Dans ma maison j’installais l’objet sur un petit napperon hérité de ma grand-mère, bien en vue sur un guéridon de bois peint. Il se présentait sous la forme d’une petite sculpture de pierre, mi-magma mi-cristal, qui luisait par endroit de quelques feux chatoyants, et à d’autres semblait être une lave profonde et sombre, où le regard se perdait. Il ne servait à rien, il ne représentait rien, il était juste une présence, mais une réelle présence.

Et là je découvris au fil des jours qu’il me donnait des conseils quand je le questionnais. Il me répondait, chaque fois que m’interrogeant à haute voix, ou silencieusement, sur un choix à faire, une hésitation, une décision, une incertitude, je déambulais autour de lui, regardant dans le vague, dans un état flottant, de demi-rêve. Que mon choix soit déterminant ou peu important, le simple fait de formuler mon questionnement en sa présence, même machinalement, faisait apparaître comme une évidence une ligne de potentiel qui brillait plus que les autres. Et quand je la choisissais, des choses se passaient, créatives et enrichissantes.

Alors peu à peu je me mis à mener ma vie en collaborant avec lui. Chaque fois que je suivais son avis, sa proposition plutôt, des portes semblaient s’ouvrir, des événements étranges survenaient, des enchaînements bizarres amenaient des situations que je n’aurais pu imaginer par moi-même. C’était magique.

En particulier il me guidait pour obtenir tout ce qui me faisait envie dans ma vie.

... à suivre : "L'objet magique 2"